Historique

Mémoire d’une table : 1994-2021

Quelques années avant la création de la Table, l’enjeu de l’intégration des enfants ayant une déficience retient l’attention du gouvernement. Ainsi, le premier programme d’aide financière à cet effet aux services de garde au Québec remonte à 1977. La promulgation de la politique d’intégration des enfants handicapés en services de garde au Québec, en 1983, contribuera à pallier en partie le manque de ressources constaté.

Au début des années 90, la conjoncture est peu propice à l’intégration des enfants dans les services de garde éducatifs (SDGÉ) : seulement 20 % d’entre eux accueillent des enfants ayant des besoins particuliers. Ceux-ci représentent alors moins de 1 % des enfants fréquentant les SDGÉ.

En 1993, le Forum pour l’intégration sociale, organisé par l’Office des personnes handicapées du Québec, signe un vent de changement. Des actions prioritaires sont identifiées à ce moment pour augmenter l’intégration des enfants handicapés dans les SDGÉ. La création de concertations est préconisée et dans la foulée, notre instance voit le jour en 1994. Elle prend le nom de Table de concertation pour l’intégration en garderie des enfants présentant une déficience – région de Montréal. La nouvelle instance permet à deux univers distincts, les SDG et les organismes, d’apprendre à se connaître et à travailler ensemble. Aux rênes de la Table, en 1996, on retrouve Johanne Gaudet qui assure la coordination et Christiane Djomo qui est employée à temps partiel.

Au printemps 1996, la Table met en branle « l’Opération Intégration ». Un journal éponyme est créé et relate les différentes étapes.

La première phase des travaux consiste en une recherche-enquête qui a pour but d’identifier les facteurs qui entravent ou facilitent l’intégration dans les SDG. Questionnaires, groupe de discussion et collecte de données concourent à documenter ce qui se fait en matière d’intégration. L’analyse intitulée « Des atouts pour l’intégration » met en lumière différentes lacunes : la rareté des ressources de formation et d’information axées sur l’intégration en SDG, l’insuffisance de la subvention au fonctionnement accordée et l’absence de plans de services pour certains enfants.

Ces constats conduisent la Table à adopter un plan d’action dont les orientations teintent encore la composition de la Table aujourd’hui. On préconise un partenariat actif avec les organisations travaillant auprès de la petite enfance, que ce soit dans les domaines de la santé, des services sociaux, de l’éducation ou de la promotion des droits. Autre aspect important du plan d’action, on prévoit soutenir les SDG et leurs éducatrices par la constitution d’une banque de ressources humaines, matérielles et documentaires. Le répertoire des ressources en soutien à l’intégration « Partenaires dans l’action » est lancé. Au cours du printemps 2000, des journées de sensibilisation dans des centres de réadaptation comme l’Intégrale sont également au programme.

Efforts concertés

À l’été 2001, la Table joint ses efforts à ceux d’autres tables de concertation – partenaires du Comité provincial – pour concevoir le Guide pour faciliter l’action concertée en matière d’intégration des enfants handicapés dans les services de garde. Celui-ci vise à harmoniser les pratiques dans les différents réseaux. Thérèse Colin, alors membre de la Table et coordonnatrice du CRADI, nous apprend que ce document a connu une bonne diffusion. « Le guide est reconnu comme un outil de travail et aussi de concertation. Il permet d’interroger chaque réseau de services sur sa contribution à l’intégration. Il est un point de repère… il est donc fait pour rester et servir. »

Quelques années plus tard, la Table collabore au comité qui planifie l’important Forum « Bâtir des complicités», organisé par l’organisme J’me fais une place en garderie (JMFPG). Ce forum réunira, en 2008, plus de 240 partenaires. L’événement sera l’occasion d’entendre différents conférenciers et chercheurs abordant la thématique du partenariat et de l’inclusion en service de garde, ainsi qu’un panel composé d’intervenants de centres de réadaptation, de SDGÉ, de JMFPG et d’un parent.

Apparition de nouvelles problématiques dans les SDG

Dans les années 2000, une certaine clientèle d’enfants connaît une recrudescence dans les milieux de garde : il s’agit des enfants ayant un trouble envahissant du développement (TED). Plusieurs de ces tout-petits bénéficient du programme d’intervention comportementale intensive (ICI), lequel inclut de 12 à 20 heures de stimulation par semaine. Or, cette méthode d’intervention indispose des services de garde « qui sentent beaucoup plus de pression et qui se voient parfois transformés en mini-centre de stimulation précoce. » (CR, 2007). Cet enjeu de pression pour intégrer de la réadaptation dans les activités quotidiennes reviendra périodiquement dans les échanges des membres de la Table.

À la fin des années 2000, les membres ont l’occasion de discuter de l’évaluation de l’allocation pour l’intégration des enfants handicapés (AIEH) dans les services de garde réalisée par le ministère de la Famille. Pour prendre connaissance de quelques faits saillants, cliquez ici.

  • deux fois plus de garçons que de filles ont bénéficié de l’AIEH jusqu’alors (68%). Cette différence pourrait s’expliquer par l’augmentation de fréquentation des enfants ayant un TED, dont la prévalence est plus élevée chez les garçons;
  • les difficultés de communication sur le plan du langage se classent au premier rang des déficiences (74% des enfants);
  • parmi les obstacles rencontrés, autant les parents que le personnel des services de garde soulignent le temps d’attente pour obtenir la confirmation de la déficience par le professionnel, préalable à l’attribution de la subvention, le manque de ressources financières;
  • facteurs de succès identifiés : « le soutien et l’engagement du personnel des services de garde et des partenaires du réseau de la santé et des services sociaux, ainsi que la collaboration des parents ».
  • Pour lire le rapport complet, cliquez ici.

Lors d’échanges entre les membres de la Table, on évoque le besoin de révision du montant de 2200 $ accordé dans le cadre du volet A de l’AIEH, notamment pour l’achat d’équipement. Le montant, constate-t-on, est gelé depuis des années, alors que le prix du matériel adapté a connu une hausse majeure. Depuis lors, le montant est demeuré inchangé.

Années 2010 : croissance du privé et compressions budgétaires

Durant ces années, on assiste à une éclosion de nouvelles garderies privées non subventionnées, aux dépens des SDG subventionnés. Cette hausse combinée à l’assujettissement des CPE à de nouvelles règles (coût d’une place/jour variant en fonction du revenu annuel des parents) cause des difficultés aux SDGÉ. Les membres de la table sont amenés à traiter de cet enjeu à différentes reprises. Par ailleurs, en 2015, le gouvernement provincial impose des compressions budgétaires, dont les SDGÉ feront les frais. Parmi les répercussions, les BC voient leur subvention amputée pour les milieux défavorisés, des employées comme les conseillères pédagogiques sont mises à pied. On craint alors que le soutien des RSG dans l’intégration des enfants à besoins particuliers en subisse les contrecoups. Au même moment, dans le réseau de la santé, des mégastructures font leur apparition : les CISSS et les CIUSSS remplacent les CSSS. Ce contexte suscite des inquiétudes parmi les membres de la table qui s’interrogent à savoir s’ils seront en mesure de pouvoir répondre aux besoins des enfants.

La Table est animée également par des échanges à propos de l’achat de service de professionnels (orthophoniste, ergothérapeute, etc.) effectué à même l’allocation pour enfant handicapé. L’absence de services dans le secteur public et les longs délais d’attente sont évoqués comme motifs pour se tourner vers le privé.

Parmi les réalisations importantes entre 2014 et 2016, on retient la publication d’un bulletin d’information. On y aborde des thèmes en lien avec la mission de la Table : partage d’expériences positives d’intégration, collaboration entre des partenaires, cas concrets d’application de l’AIEH dans les services de garde, limites de l’intégration et solutions apportées pour les surmonter. Plus qu’un simple bulletin de nouvelles, cet outil sert de soutien dans l’intervention d’éducatrices et incite de nouveaux acteurs à vouloir participer aux travaux de la Table. La création d’un site web en 2016 permettra la diffusion du bulletin, en plus de promouvoir les travaux de la Table.

2017-2019 : un nouveau plan d’action

En 2017, les membres de la Table procèdent à l’adoption d’une planification stratégique s’étendant de 2017 à 2019. Parmi les principaux objectifs travaillés, mentionnons l’élaboration d’un état de situation de l’intégration, par l’entremise d’un sondage s’adressant aux directions des SDGÉ de Montréal, de même que l’élaboration d’une trajectoire illustrant le parcours d’intégration d’enfants ayant une déficience, de leur entrée en SDGÉ jusqu’à leur passage à l’école. À terme, on souhaite définir un modèle de continuum de services intégrés en soutien au milieu de garde éducatif dans l’intégration des enfants handicapés, et ce, en fonction d’actions concertées entre les réseaux des SDGÉ, de la santé et du ministère de la Famille.

Des victoires et la poursuite de nos objectifs

L’année 2019 débute sous d’heureux auspices avec l’octroi d’une subvention de la Fondation Chagnon. Ce financement permet aux partenaires de la Table de poursuivre les travaux entrepris en 2017-2018 et d’actualiser sa planification stratégique. En mars 2020, la pandémie de Covid-19 vient chambouler la vie des SGEE et des organisations qui œuvrent à l’intégration. Une consultation menée auprès des membres de la TISGM fait ressortir différents enjeux : incertitudes quant aux complications médicales présentées par les enfants en situation de handicap; inaccessibilité des couvre-visages avec fenêtre nuisant entre autres au développement d’enfants ayant une déficience auditive; pénurie de personnel dans les milieux de garde; difficultés à obtenir les services de soutien du réseau de la santé en raison du délestage de professionnels…

Par ailleurs, un gain important concernant la mesure exceptionnelle est réalisé au printemps 2019 : le gouvernement du Québec octroie un montant supplémentaire de 6,4 millions de dollars afin de bonifier la mesure exceptionnelle pour les enfants handicapés rencontrant des obstacles majeurs à leur intégration. Cette victoire, le mérite en revient en partie au travail accompli et aux représentations menées par les partenaires de la Table, ainsi qu’aux autres instances similaires. Ces 25 ans de concertation ont permis une progression constante des enfants ayant une déficience dans les SDGÉ: alors qu’ils représentaient moins de 1 % des enfants fréquentant SDGÉ au début des années 90, cette proportion a grimpé à 4,5 % en 2017-2018.

Les batailles ne sont pas pour autant toutes terminées. Malgré tous les soutiens apportés, plusieurs tout-petits ayant une déficience voient leur intégration se terminer abruptement au sein de services de garde. Cela légitime la poursuite de la mission de la Table, son travail de sensibilisation et de soutien aux SDGÉ afin que les SDGÉ soient des milieux toujours plus inclusifs, dans lesquels les enfants ayant une déficience ou une incapacité pourront s’épanouir comme tous les autres enfants. Les membres de la Table ne sont pas encore prêts à chômer!